GIDE: LES FAUX MONNAYEURS

GENÈSE DES FAUX-MONNAYEURS

GIDE ET LE ROMAN

Comme la plupart de ses compatriotes du début du 19ème attirés par la littérature, Gide se voit artiste et , pour lui , l’artiste doit supplanter le poète. De cette lutte , naît l’œuvre d’art.

Sur le plan romanesque, de tels principes déboucheront sur une dépersonnalisation de la narration.

De plus, la beauté n’est pas une « production naturelle, elle ne s’obtient que par une artificielle contrainte ». D’où la nécessité de structurer l’œuvre qui n’est pas une imitation de la vie et sur lequel l’artiste proclame son autonomie. « L’œuvre d’art est œuvre volontaire et de raison car elle doit trouver en soi sa suffisance, sa fin et sa raison parfaite ; formant un tout, elle doit pouvoir s’isoler, et reposer, comme hors de l’espace et du temps, dans une satisfaite et bienfaisante harmonie. »

Gide rejette le romanesque empreint d’analyse sentimentale et ses goûts vont vers les classiques, Montaigne, Pascal et Racine. Gide admire , à côté de Cervantes, les romanciers anglo-saxons et russes, en particulier Dostoïevsky. Ce dernier avait écrit, parallèlement à « Crime et Châtiment », un journal sur lequel il consignait les étapes de l’écriture de son roman. Il est probable que Gide se soit inspiré de cette pratique pour les cahiers d’accompagnements des « les cahiers d’André Walter » et pour le « journal des

faux monnayeurs »

De l’illusion référencielle, Gide passe à la subjectivité et au détachement critique. C’est ainsi qu’Edouard substitue au « miroir qu’on promène le long du chemin ( dans « le rouge et le noir» de Stendhal), un carnet de réflexion

( ce carnet constitue la critique continue du roman, ou mieux, du roman en général).

Gide n’aime décidément pas le réalisme et joint toujours un peu de fantastique, sensible dans l’extraordinaire de la lutte de Bernard avec l’ange, qui faisait écho à celle de Jacob dans la genèse.

Gide veut donner accès à une autre réalité, loin des apparences trompeuses, de la fameuse « ut pictura poesis », vers une représentation réaliste due à une cohérence qui transforme le hasard en nécessité.

Pour cela, Gide rejette le pittoresque et les descriptions spatiales, et proclame que l’imagination du lecteur doit concourir à évoquer les détails.

De même pour les personnages, Édouard, dans les faux monnayeurs indique quel doit être le rôle du lecteur. Habituellement, la convergence des caractérisations directes et indirectes aboutissent au portrait d’un caractère (La Bruyère) , ou d’un type ( L’Avare, de Molière). Dans « les faux monnayeurs », précurseur des expérimentations de Kafka, Joyce ou Faulkner, Gide rejette les descriptions pour sortir des schémas conventionnels et permettre une création permanente des personnages et des situations par l’auteur et le lecteur.

Toutefois, cela n’exclut pas un système d’ « ébranchements » des personnages gidiens sur lequel il s’identifie et se libère, voire se purge de ses échecs.

À l’opposé de l’illusion référentielle d’un Balzac, Gide ne présente guère de caractérisations directes. En théorie, ceci permettrait l’identification de tout lecteur. Toutefois, cette absence de portrait physique, ne laisse au lecteur que l’intrigue dans laquelle il peut se diluer. Moutote souligne que les personnages de Gide sont « essentiellement des systèmes de pensée et de mots, définissant une attitude morale et psychologique de l’être humain. »

La connexion entre les personnages dont l’image est réfractée par le regard des autres aboutit à l’utilisation de descriptions indirectes, outrepassant les apparences ( apport de la psychanalyse).

D’où l’importance qu’accorde Gide à la collaboration d’un lecteur perspicace.

D’autre part, les personnages métaphorisent le travail de l’écrivain. Le choix de Bernard du départ et de l’indépendance signifient la nécessité de liberté totale de l’écrivain. D’autre part, la prise d’Olivier par Passavant et son bonheur superficiel avant la découverte la joie grave et pleine auprès d’Edouard signifient que l’artiste doit se déprendre de la facilité pour atteindre la lucidité critique.

Ce plan métaphorique montre que le roman se constitue dans l’expérimentation des possibles narratifs, l’inspiration restant libre, et non forcée. D’autre part, la composition développe à rebours la continuité chronologique. Gide « repousse toujours plus loin le chapitre qu’il croyait être le premier », et procède obligatoirement par un travail final de jointure.

– Gide et l’esthétique symboliste :

Dujardin et Gide relèvent le défi d’exploiter les obstacles théoriques en les transformant en sujet littéraire, principalement par la mise en scène d’un écrivain symboliste au travail. C’est une attitude de pleine conscience qui demande un idéalisme, une autonomie du langage et une capacité d’exprimer la pensée immédiate. Ainsi, une morale esthétique est discutée et parfois remise en cause dans leus romans auto-critiques. Cela rend possible le dépassement du genre romanesque lui-même.

GIDE ET L’INTERTEXTUALITE

Production du texte

Réception

Bakhtine et Kristeva

Riffateure

Gide

Gide a un rapport complexe à la parole lié à sa formation intellectuelle et à son idiosyncrasie

( personnalité psychique individuelle)

Mais il dénote d’une motivation interne qui l’incite à faire de son œuvre un lien et une réécriture de ses problèmes personnels.

– Ouvrage intéressant :

* De « me Ipse »,  de Peter Scnyder , révèle comment s’opère le passage des souvenirs bruts aux mémoires.

le « renouveau » de l’histoire littéraire

L’HISTOIRE LITTÉRAIRE À L’AUBE DU XXème SIÈCLE

(Propos inspirés par M. Luc FRAISSE, Université de Strasbourg)

A l’aube du XXe siècle, certains déclarent que l’histoire littéraire accomplit une réapparition sur la scène de la critique. Toutefois, elle n’a jamais vraiment disparu ni voulu s’assurer une quelconque suprématie par un tel retour.

Entre une invraisemblable « belle mort » et un supposé et un pressenti « grand retour », il reste une possibilité plus proche de la réalité.

On demande aujourd’hui à l’université une métacognition sur ses propres recherches littéraires, sur les méthodes qui ont abouti aux concepts comme le préromantisme ou la décadence, ou sur un sujet tel que les salons, l’imaginaire des villes à suivre le long des siècles.

Il est utile de séparer une recherche fondamentale d’une recherche appliquée.

Un délaissement de la recherche appliquée, aboutissant à des ressources de l’histoire littéraire méconnues, ou non développées et enfin à un appauvrissent du patrimoine culturel 

En effet, si les œuvres ne sont travaillées qu‘au niveau de la structure linguistique ou du concept narratologique, hors de tout contexte historique ou sociologique, celles-ci sont vidés de leur sens  et coupées de la vie. Delà l’intérêt que sucsitent les enseignements qui restent reliés à ces contextes.

Hors, actuellement, la recherche bannit les sujets à soubassement historique, comme une querelle littéraire.

Les sujets à thème linguistique, n’utilisent qu’une lecture immanente de l’œuvre, transformée en texte purement formel. sur lequel s’exerce différents outils de technique littéraire. Contre cet état de fait, une entreprise de référencement du patrimoine d’histoire littéraire a vu le jour grâce à la médiation du rectorat de Strasbourg, avec l’aval du ministère de la culture et de l’éducation nationale. Ainsi l’histoire littéraire semble devenir un médiateur dans l’enseignement du fait culturel littéraire.

La nouvelle critique et son outillage formaliste a bousculé l’histoire littéraire, empiriste dans ses moyens , mais chargée de sens et de connaissances. Celle-ci ne doit pas craindre une réflexion sur elle-même car elle contient aussi une idée générale de la littérature, une philosophie de la création et une conception de la lecture.

Ainsi, une histoire littéraire moderne passerait ses principes directeurs de l’implicite à l’explicite, et gagnerait à se charger d’un contenu théorique et chargé de principes. De descriptive, l’histoire littéraire doit se transformer en explicitant ses principes et en synthétisant.

C’est ainsi qu’il faudrait reprendre le débat entre histoire littéraire et Nouvelle critique.

Jean Starobinski, auteur de « la relation critique  », 1970, est favorable à une reprise du dialogue entre les tenants de « la Revue d’histoire littéraire » et la revue « poétique », rompu en 1960 et figé depuis, surtout du côté de la « Nouvelle critique ».

Toutefois, ne simplifions pas le débat en mettant d’un côté les écrivains partisans de La nouvelle critique et l’institution partisane de l’histoire littéraire.

Le but en est la conservation de l’histoire littéraire en tant que transmission de la connaissance de la littérature du passé et au-delà, de la culture.

Renouvelons le débat par la mise en discussion de l’histoire littéraire et de ses méthodes auprès de penseurs étrangers.

Cette synthèse novatrice s’accomplit en sept étapes :

  1. « Les précurseurs de l’histoire littéraire », à partir du XVIIIème siècle, aboutissant à l’ouvrage de Luc FRAISSE, « Les Fondements de l’histoire littéraire »

  2. « l’Histoire littéraire, ses méthodes et ses débats »

  3. Vient une réflexion sur les écrivains face à l’histoire littéraire, avant ou après l’apparition de la critique historique.

  4. Les penseurs face à l’histoire littéraire au Xxème siècle : Albert Thibaudet et Jean Starobinski et tant d’autres ont renouvelé notre vision sur les œuvres littéraires.

  5. Pour mettre l’histoire littéraire en question, il s’agit maintenant de chercher une « métahistoire littéraire » pour la rendre plus vivante

  6. il s’agit de rapprocher histoire et Poétique pour sortir du clivage.

  7. Enfin, l’histoire littéraire doit se structurer en nouvelle discipline et innover face à la diversité des disciplines proches, sociocritique ou psychanalyse. ( comme Jauss et son histoire littéraire du lecteur)

Cette ouverture laisse espérer un avenir prometteur pour l’histoire littéraire.